Cette phrase, ou des mots qui lui ressemblent, peut surgir dans une médiation. Et elle dit beaucoup. Il arrive que deux personnes s’assoient autour de la table avec une attente très claire : obtenir un accord.
- Chacun expose ses arguments
- Chacun défend sa position
- Chacun attend, parfois, que le médiateur fasse reconnaître qu’il a raison.
Puis vient un moment où l’on comprend que le véritable obstacle n’est pas le désaccord. C’est ce qui s’est accumulé autour du désaccord : de la défiance, des blessures, des incompréhensions, des paroles qui n’ont jamais été dites. Et parfois, une histoire commune devenue difficile à porter.
Dans ces situations, la médiation peut ne pas aboutir. Et pourtant, je ne parlerais pas nécessairement d’échec. Parce qu’au cours du processus, quelque chose peut avoir changé :
- une parole a enfin été entendue
- un malentendu a été identifié
- une attente implicite est devenue explicite
- chacun a pu mesurer ce que l’autre était réellement prêt — ou non — à accepter.
Le rôle du médiateur n’est pas de faire rentrer les parties dans un accord. Il est de créer un cadre suffisamment sécurisé pour qu’elles puissent regarder le conflit autrement.
Parfois, cela conduit à un accord. Parfois, à une séparation négociée. Et parfois, à la conclusion que le moment n’est pas encore venu de trouver une solution commune.
Ce dernier résultat peut être difficile à accepter.
Mais reconnaître qu’un accord est impossible aujourd’hui peut être beaucoup plus constructif que de fabriquer un compromis fragile qui ne résistera pas au premier désaccord. Une médiation réussie n’est donc pas forcément une médiation qui se termine par une signature.
C’est peut-être avant tout une médiation qui permet aux personnes de sortir du conflit avec une compréhension plus claire de ce qui les oppose… et de ce qui pourrait, un jour, les rapprocher.